Copie Laure de Forests of the Night : notes et traductions

“J’ai vu naguère les elfes chevaucher ;
J’entendis tinter leurs clochettes
Et sonner leurs cors.” 1

Lorsque nous l’avons rencontré en 2018, nous avons été saisies par la beauté de celui qui allait par la suite devenir l’un des personnages principaux de ce disque : un magnifique piano de 1847 du facteur viennois Johann Baptist Streicher.
Ce merveilleux partenaire de jeu nous a immédiatement séduites par la richesse harmonique de son timbre, ses sonorités vibrantes, boisées, riches et profondes, ses graves grondants, ses médiums chaleureux et ses aigus tintants. Ses cordes parallèles (comme sur tous les instruments de cette époque) permettent à tous ses registres, d’une grande variété de couleurs et de caractères, de chanter avec clarté et précision, sans sécheresse. Les matériaux utilisés, des procédés de fabrication spécifiques ainsi que sa mécanique viennoise en font un instrument enveloppant et vivant. Le naturel de ses attaques et de sa résonance induisent un phrasé libre et généreux qui dialogue avec la partie vocale et la soutient dans son expression musicale et théâtrale.

Notre intuition des possibilités poétiques et expressives que ce piano pouvait offrir nous a donné l’envie d’explorer sur cet instrument ce répertoire d’une grande intensité dramatique, d’entrer dans le son du piano comme on pénètre dans une forêt et de sonder la mythologie germanique et nordique, entre fantastique et surnaturel : sombres pressentiments, rencontres inquiétantes – elfes, nymphes, sorcières, la sirène Lorelei, le Roi des Aulnes, ou même la Mort en personne.

Peu avant la naissance de la psychanalyse, la poésie et la mythologie romantiques allemandes offrent une plongée dans les profondeurs de la forêt et de ses dangers comme on sonde son âme, son inconscient et son désir, à la rencontre de soi-même.


Marine Fribourg & Flore Merlin

“Les elfes dansaient sur le vert rivage” 2

Bruissement des feuilles sous les pas légers des elfes et des lutins : les soixante-six Pièces lyriques d’Edvard Grieg pour piano seul, réunies en dix cahiers, sont nourries de folklore norvégien tant sur le plan musical que poétique. Également très influencées par le romantisme allemand, elles illustrent merveilleusement l’art de la concision du compositeur.

Courte pièce à trois temps, rapide et tourbillonnante, Alfedans [Danse des sylphes], tirée du premier cahier (1867) fait alterner vigoureux accords martelés et guirlandes de petites notes égrainées dans des nuances opposées, évoquant la vivacité mutine des elfes. D’une grande simplicité formelle, proche du scherzo dans son caractère, la pièce charme par sa singularité mélodique née d’altérations hardies.

Grieg convoque d’autres créatures sylvestres dans Småtroll [Lutins], pièce extraite du dernier cahier (1901), en faisant alterner un motif de basses haletantes et un foisonnement de petites notes rapides puis piquées à la main droite, ponctués de silences éloquents et de sauts bizarrement déformés (octaves augmentées).

“Un dragon de feu vole autour du toit” 3

Œuvre de jeunesse de Felix Mendelssohn, Hexenlied op.8 n°8 [Chanson des sorcières] (1824-1828) décrit la folle nuit de danse qui attend les sorcières et toutes les créatures démoniaques réunies autour de Belzébuth pour la fameuse nuit de Walpurgis : un sabbat sur le mont Brocken au soir du 1er mai. Fidèle au modèle des lieder berlinois qu’il affectionne, le compositeur adopte un plan simple (forme strophique variée) de manière à diriger l’attention de l’auditeur vers le poème de Ludwig Hölty, précurseur du romantisme. Virtuose, la partie de piano, pleine de trémolos emportés, souligne les chromatismes de la mélodie, ses appels ardents et ses hourras furieux fêtant l’arrivée du printemps.

Très éloignée de la simplicité faussement populaire (Volkston) du lied de Mendelssohn, la Walpurgisnacht op.2 n°3 [Nuit de Walpurgis] (1824-1828) de Carl Loewe, traite du même sujet, mais dans une forme se déployant au gré de la narration (durchkomponiert), caractéristique des ballades dont Loewe s’est fait le spécialiste. Sur un poème de Willibald Alexis, la pièce met en scène un dialogue haletant entre une mère et son enfant apeuré, ce dernier découvrant peu à peu que sa mère a rejoint le sabbat des sorcières par une sombre nuit de mai. La sourde inquiétude de l’enfant se traduit tout au long du lied par un motif agité au piano. Les formules mélodiques, similaires chez les deux personnages, alternent exaltation et inquiétude par le passage constant du mode majeur dans une dynamique forte (pour la mère) au mode mineur dans une dynamique piano (pour l’enfant). À mesure que l’angoisse monte, les incessantes modulations se font de plus en plus resserrées et dans un accelerando continu, jusqu’à saturation. Le motif du piano devient soudain trémolo grondant, précipitant la révélation – “Ta mère veillait en haut sur la montagne !”. Basculant définitivement dans le mode majeur qui caractérise la mère, la pièce s’achève joyeusement sur le triomphe de la sorcière.

“Jamais plus tu ne sortiras de cette forêt !” 4

Dans Herr Oluf op.2 n°2 (1821) [Le Seigneur Oluf], issu du même opus de jeunesse, Carl Loewe utilise aussi des changements de tonalités et de registres pour caractériser les personnages et éclairer la narration. Dans le poème de Johann Gottfried Herder, le seigneur Oluf, chevauchant “tard et au loin”, rencontre au bord d’une rivière la fille du roi des Aulnes. Comme il lui refuse une danse, préoccupé par ses noces prochaines, la fille du roi se venge et le frappe mortellement. Au matin de la noce, la fiancée d’Oluf, entourée d’une joyeuse assemblée, découvre le cadavre. Particulièrement virtuose, la partie de piano souligne les différents épisodes du récit : figurant la chevauchée rapide au début de la pièce, puis le pas sautillant des elfes, elle s’efface presque lorsque le chant devient quasi récitatif, dans le dialogue plaintif entre le seigneur mourant et sa mère. Avec une grande liberté, Loewe fait se succéder textures sonores et tempos contrastés, permettant à la voix d’explorer une multitude d’expressions sonores.

Erlkönig op.1 n°3 (1818) [Le Roi des Aulnes] de Carl Loewe, sur un poème de Johann Wolfgang von Goethe (qui s’inspire de celui de Herder précédemment évoqué), met cette fois en scène le roi des Aulnes lui-même. Alors qu’un père et son fils chevauchent par une nuit de tempête, le roi malfaisant cherche à s’emparer de l’enfant, par la séduction d’abord – phrases mélodiques ascendantes dans un mode majeur, délicats frémissements dans l’aigu du piano, accord suspendu – puis, comme il résiste, par la force (minorisation soudaine, harmonies tendues), jusqu’à la mort tragique de l’enfant.

Dans Der Tod und das Mädchen D.531 [La Jeune Fille et la Mort] (1817) de Franz Schubert, sur un poème de Matthias Claudius, c’est la Mort elle-même qui s’approche, inéluctable comme la marche funèbre qui ouvre et referme le lied. Éperdue, la jeune fille tente d’abord de repousser l’odieux squelette (phrases agitées et rapides entrecoupées de silences nerveux), mais la Mort insiste, entre gravité et douceur : sur une ligne vocale presque recto-tono, elle lui tend la main et lui promet un doux repos, ainsi que le suggère la majorisation finale.

“Oh, fuis ! Tu ne sais pas qui je suis !” 5

Dans le même registre fantastique, on trouve aussi Waldesgespräch [Dialogue dans la forêt], extrait du Liederkreis op.39 (1840) de Robert Schumann, sur des poèmes de Joseph von Eichendorff. Lors d’une chevauchée solitaire dans la forêt (les appels de cors au piano évoquant la chasse), un voyageur rencontre soudain une jeune femme au cœur brisé : c’est la Lorelei, la sirène du Rhin délaissée par son amant. Le doux balancement au piano se transforme soudain en accords heurtés, tandis que la triste jeune fille lance sur lui sa malédiction : jamais plus il ne sortira de la forêt !

Trois ans après Waldesgespräch, Clara Schumann-Wieck, quant à elle, met en musique le sombre poème de Heinrich Heine, Lorelei (1843) dans une grande coulée de musique mue par un continuum de croches répétées. La belle jeune fille attire de son chant le batelier, qui, ne regardant qu’elle, ne voit plus les récifs sur lesquels sa barque vient se fracasser.

Sur le même texte, Franz Liszt offre à sa compagne Marie d’Agoult sa propre Lorelei (1854-56) dans le caractère d’une ballade dramatique en six strophes contrastantes. Après une sombre introduction teintée d’accords de septièmes diminuées, Liszt construit la musique au plus près du récit : balancement tendre de barcarolle pour les strophes décrivant le cours paisible du Rhin, tension harmonique soulignant la naissance du désir, accélération subite du discours (croches haletantes, montée chromatique) culminant dans l’aigu de la voix sur un violent accord de sixte augmentée. Le malheureux marin, happé par la Lorelei, regarde alors vers les hauteurs au lieu de surveiller sa barque. Celle-ci est alors submergée dans un tourbillon chromatique et accelerando dans le grave du piano. On retrouve enfin les couleurs harmoniques et les tournures séduisantes de la barcarolle qui concluent : voilà ce qu’a fait la Lorelei, par la beauté de son chant.

“Elle chante et rit effrontément” 6

À l’opposé de la dangereuse sirène, la facétieuse Nixe Binsefuss [Ondine aux pieds de joncs], tourmente et menace un vieux pêcheur pour mieux choyer sa fille : comme celle-ci est pieuse et bonne, l’ondine accroche pour elle, en guise de bouquet de noces, une couronne de roseaux sur la porte, et lui offre un brochet d’argent tout droit venu du mythique royaume arthurien. Composée en 1870 sur un poème d’Eduard Mörike alors que Pauline Viardot-García vit à Baden-Baden, la pièce adopte la liberté formelle d’un Kunstlied [lied savant]. Long mélisme dilatant le temps lorsque la nymphe compte ses poissons dans leur casier, Ländler (danse à trois temps) à l’évocation du jeune couple, grands sauts vocaux rappelant le yodel pour signifier la moquerie : la compositrice multiplie les atmosphères, passant soudain du plus grand lyrisme à une écriture syllabique en Volkston [style populaire]. Le retour régulier d’une petite ritournelle d’une grande simplicité harmonique confère à la pièce toute son unité.

“Tant que je ne l’aurai retrouvée, je ne pourrai être en paix” 7    

Dans Neue Liebe [Nouvel amour], de Felix Mendelssohn, presto scherzando sur un poème de Heinrich Heine extrait des Lieder und Gesänge opus 19a (1834), un voyageur rencontre les elfes et leur reine chevauchant dans la forêt au clair de lune (cavalcade de rythmes pointés, octaves staccatos au piano) ; entre fascination et angoisse, il s’interroge dans un récitatif final interrompant la folle chevauchée : est-ce l’annonce d’un nouvel amour, ou bien celle de la mort ?

Fidèle à la forme strophique variée du Kunstlied im Volkston, Felix Mendelssohn s’inspire d’une mélodie populaire suédoise pour le poignant Winterlied [Chant d’hiver] issu du même opus (1834). Dans cette triste chanson déployant une ligne mélodique modale, entre majeur et mineur, une mère cherche à retenir son enfant dans la chaleur du foyer, alors que celui-ci ne songe qu’à partir dans la forêt à la recherche de sa sœur perdue. L’hiver passe, mais aucun des deux enfants ne reviendra jamais.

Extrait des Sechs Gesänge op.3, Liebestreu [Fidèle amour] (1852-53) de Johannes Brahms sur un poème de Robert Reinick met en scène un autre dialogue entre une mère inquiète et son enfant. Fidèle à un amour qu’on imagine malheureux, le fils répond par sa foi exaltée à toutes les tentatives de sa mère, qui tente de le raisonner et de lui faire oublier l’être aimé. L’incompréhension entre les deux personnages est figurée par deux écritures musicales contrastées : canon entre la ligne de chant et la basse et rythme haletant pour la mère, tempo plus lent, registre plus aigu et mode majeur pour le fils, tendrement idéaliste.

“Quand la lune d’argent scintille entre les feuillages” 8

À ce cortège de créatures effrayantes, les deux musiciennes ont choisi d’associer les Waldszenen op.83 [Scènes de la forêt] de Robert Schumann. Composées en 1849, ces miniatures, empreintes d’un lyrisme intime à la manière des Scènes d’enfants op.15, dépeignent en neuf tableaux une promenade sylvestre. De l’[Entrée] (Eintritt) en forêt à l’[Adieu] (Abschied), l’auditeur déambule dans un [Paysage souriant] (Freundliche Landschaft) ou au contraire dans un [Lieu maudit] (Verrufene Stelle, mode mineur et rythmes surpointés solennels). La traversée est émaillée de rencontres poétiques (Einsame Blumen [Fleurs solitaires]) ou merveilleusement originales (Der Vogel als Prophet [L’Oiseau prophète] et ses curieuses appogiatures). Des chasseurs rôdent (Jäger auf der Lauer [Chasseur aux aguets], pièce enlevée balayée de triolets joyeux) et entonnent des airs rustiques (Jagdlied [Chant de chasse], croches répétées et martelées, harmonisation évoquant les cors), et l’on se repose dans l’accueillante [Auberge] (Herberge, ritournelle chantante en mi bémol majeur).

“C’était comme si le ciel 
Avait en silence embrassé la terre” 9

En regard de ces pièces, trois lieder oniriques baignent dans une même atmosphère stellaire reliant intimement l’homme et la nature. Die Mainacht [La Nuit de mai], chant d’une lumineuse tristesse sur un poème de Ludwig Hölty extrait des Vier Gesänge op.43 de Johannes Brahms (1868), dépeint le sentiment de solitude d’un personnage, exacerbé par la beauté bouleversante de la nature au clair de lune.

Autre extrait du Liederkreis op.39 de Robert Schumann (poème de Joseph Eichendorff), Mondnacht [Nuit de lune] illustre la fusion inouïe du ciel et de la terre, dans laquelle se dissout l’âme du poète. Un premier geste d’une ineffable beauté ouvre l’œuvre : d’une pédale dans les graves de l’instrument émerge, quatre octaves au-dessus, un simple arpège, qui dévale le clavier en une chute vertigineuse mais reste en même temps curieusement suspendu, l’harmonie (de dominante) semblant retenir le passage du temps. L’âme peut alors  “[étendre] largement ses ailes”, dans une phrase étale qu’on voudrait ne jamais voir finir.

Influencée comme son frère Felix par l’école de Berlin et Carl Friedrich Zelter, dont elle fut l’élève, Fanny Mendelssohn-Hensel coule les deux strophes du poème de Goethe, Dämmrung senkte sich von oben [De là‑haut tombe le crépuscule] (1843), dans une simple forme strophique ; mais si l’accompagnement reste d’une grande simplicité, évoquant même les romances françaises de son ami Charles Gounod, la pièce déploie un chant d’une grande intensité lyrique, plein d’élans et de mélismes, sur des harmonies lumineuses d’où émerge l’image tremblante du clair de lune se reflétant à travers les branches dans l’eau du lac.

“Qui a chanté cette chanson ?
Un batelier sur le Rhin.” 10

En contrepoint de ce programme éminemment romantique, Marine Fribourg et Flore Merlin ont demandé à Benjamin Attahir, compositeur français né en 1989, de poser un regard contemporain sur le lied et la mythologie germanique. Parmi les poèmes proposés, le compositeur a choisi l’un des plus emblématiques, la Lore Lay de Clemens Brentano, à l’origine de toutes les autres. C’est en effet dans le roman de Brentano Godwi oder Das steinerne Bild der Mutter [Godwi ou La Statue de la mère], publié en 1801, qu’apparaît pour la première fois dans la littérature la mythique sirène rhénane. Poème fleuve, composé de vingt-six strophes régulières : tout l’enjeu pour Benjamin Attahir était de réussir à enjamber les quatrains, à trouver une forme de liberté par-delà la contrainte des rimes croisées. Construite en deux vastes traversées – la seconde réexposant la première dans un nouveau contexte harmonique – l’œuvre semble irriguée par le Rhin, à l’image des méandres de piano sur lesquels elle s’ouvre. Profondément lyrique, elle déploie une écriture essentiellement syllabique (une note par syllabe) d’où émergent quelques mélismes. Comme en écho poétique à l’instrument sur lequel joue Flore Merlin, la pièce trouve son inspiration dans l’Intermezzo op.117 n°3 de Brahms. Benjamin Attahir y puise la matière harmonique de son travail sur lequel plane, par instants, un subtil parfum de musique tonale au sein même du total chromatique.


1 : Neue Liebe – 2 : Herr Oluf – 3 : Hexenlied – 4, 5 : Waldesgespräch – 6 : Nixe Binsefuss – 7 : Winterlied – 8 : Die Mainacht – 9 : Mondnacht – 10 : Lore Lay

Herr Oluf (musique : Carl Loewe – poème : Johann Gottfried Herder)

Herr Oluf reitet spät und weit,
Zu bieten auf seine Hochzeitleut’.

Da tanzten die Elfen auf grünem Strand,
Erlkönigs Tochter reicht ihm die Hand:

« “Willkommen, Herr Oluf, komm tanze mit mir,
Zwei goldene Sporen schenke ich dir.

– Ich darf nicht tanzen, nicht tanzen ich mag,
Denn morgen ist mein Hochzeittag.

– Tritt näher, Herr Oluf, komm tanze mit mir,
Ein Hemd von Seiden schenke ich dir,

Ein Hemd von Seiden so weiß und fein,
Meine Mutter bleicht’s mit Mondenschein!

– Ich darf nicht tanzen, nicht tanzen ich mag,
Denn morgen ist mein Hochzeittag.

– Tritt näher, Herr Oluf, komm tanze mit mir,
Einen Haufen Goldes schenke ich dir.

– Einen Haufen Goldes nähme ich wohl,
Doch tanzen ich nicht darf noch soll.

– Und willst du, Herr Oluf, nicht tanzen mit mir,
Soll Seuch’ und Krankheit folgen dir! »

Sie tät ihm geben einen Schlag aufs Herz,
Sein Lebtag fühlt’ er nicht solchen Schmerz.

Drauf tät sie ihn heben auf sein Pferd:
« Reit’ hin zu deinem Fräulein wert! »

Und als er kam vor Hauses Tür,
Seine Mutter zitternd stand dafür:

« Sag an, mein Sohn, und sag mir gleich,
Wovon du bist so blaß und bleich?

– Und sollt ich nicht sein blaß und bleich?
Ich kam in Erlenkönigs Reich.

– Sag an, mein Sohn, so lieb und traut,
Was soll ich sagen deiner Braut?

– Sagt ihr, ich ritt in den Wald zur Stund,
Zu proben allda mein Roß und Hund. »

Früh Morgens als der Tag kaum war,
Da kam die Braut mit der Hochzeitschar.

Sie schenkten Met, sie schenkten Wein:
« Wo ist Herr Oluf, der Bräut’gam mein?

– Herr Oluf ritt in den Wald zur Stund,
Zu proben allda sein Roß und Hund. ».”

Die Braut hob auf den Scharlach rot,
Da lag Herr Oluf und war tot.

Le Seigneur Oluf

Le Seigneur Oluf chevauche tard et au loin
Pour inviter les gens à ses noces.

Les elfes dansent sur le vert rivage,
La fille du Roi des Aulnes lui tend la main :

“Bienvenue, Seigneur Oluf ! Viens danser avec moi,
Et je te donnerai deux éperons d’or.

– Je ne peux pas danser, je ne veux pas danser,
Car demain c’est le jour de mes noces.

– Approche-toi donc, Seigneur Oluf, viens danser avec moi,
Je te donnerai une chemise en soie,

Une chemise en soie si blanche et si fine,
Ma mère l’a blanchie aux rayons de la lune !

– Je ne peux pas danser, je ne veux pas danser,
Car demain c’est le jour de mes noces !

– Approche-toi donc, Seigneur Oluf, viens danser avec moi,
Je te couvrirai d’or.

– Me couvrir d’or, je le veux bien,
Mais je ne peux pas et ne veux pas danser.

– Puisque tu ne veux pas danser avec moi, Seigneur Oluf,
Que la peste et la maladie te poursuivent !”

Elle le frappa en plein cœur ;
De toute sa vie il n’avait ressenti une telle douleur.

Alors elle le hissa sur son cheval :
“Rentre retrouver ta chère demoiselle !”

Et quand il arriva à la porte de sa maison,
Sa mère, en tremblant, se tenait devant lui :

“Dis-moi, mon fils, dis-moi la vérité,
Pourquoi es-tu si livide et pâle ?

– Comment ne serais-je pas livide et pâle ?
Je reviens du royaume du Roi des Aulnes.

– Dis-moi, mon fils, si cher et tant aimé,
Que dois-je dire à ta fiancée ?

– Dis-lui que je suis allé dans la forêt
Pour entraîner mon cheval et ma meute.”

Tôt le matin au point du jour,
La fiancée arriva avec l’assemblée des convives.

Ils servirent l’hydromel, ils servirent le vin.
“Où est donc le Seigneur Oluf, mon fiancé ?

– Le Seigneur Oluf est parti dans la forêt
Pour entraîner son cheval et sa meute.”

La fiancée souleva le tissu rouge écarlate,
Là gisait le Seigneur Oluf ; il était mort.

Neue Liebe (musique : Felix Mendelssohn Bartholdy – poème : Heinrich Heine)

In dem Mondenschein im Walde,
Sah ich jüngst die Elfen reiten;
Ihre Hörner hört’ ich klingen,
Ihre Glöcklein hört’ ich läuten.

Ihre weißen Rößlein trugen
Gold’nes Hirschgeweih und flogen
Rasch dahin, wie wilde Schwäne
Kam es durch die Luft gezogen.

Lächelnd nickte mir die Kön’gin,
Lächelnd, im Vorüberreiten.
Galt das meiner neuen Liebe,
Oder soll es Tod bedeuten?

Nouvel amour

Par la forêt, au clair de lune,
Je vis naguère les elfes chevaucher ;
J’entendis tinter leurs clochettes
Et sonner leurs cors.

Leurs tout petits chevaux blancs portaient
Des bois de cerfs d’or
Et fendaient l’air
Comme des cygnes sauvages.

En souriant, la reine chevauchant devant moi
Me fit un signe de tête
Est-ce l’annonce d’un nouvel amour ?
Ou bien celle de la mort ?

Hexenlied (musique : Felix Mendelssohn Bartholdy – poème : Ludwig Hölty)

Die Schwalbe fliegt,
Der Frühling siegt,
Und spendet uns Blumen zum Kranze!
Bald huschen wir
Leis’ aus der Thür,
Und fliegen zum prächtigen Tanze!

Ein schwarzer Bock,
Ein Besenstock,
Die Ofengabel, der Wocken,
Reißt uns geschwind,
Wie Blitz und Wind,
Durch sausende Lüfte zum Brocken!

Um Beelzebub
Tanzt unser Trupp
Und küßt ihm die kralligen Hände!
Ein Geisterschwarm
Faßt uns beim Arm,
Und schwinget im Tanzen die Brände!

Und Beelzebub
Verheißt dem Trupp
Der Tanzenden Gaben auf Gaben:
Sie sollen schön
In Seide gehn
Und Töpfe voll Goldes sich graben!

Ein Feuerdrach’
Umflieget das Dach,
Und bringet uns Butter und Eier!
Die Nachbarn dann sehn
Die Funken wehn,
Und schlagen ein Kreuz vor dem Feuer!

Die Schwalbe fliegt,
Der Frühling siegt,
Die Blumen erblühen zum Kranze,
Bald huschen wir
Leis’ aus der Thür,
Juchheisa zum prächtigen Tanze!

Chant des sorcière

L’hirondelle vole,
Le printemps triomphe
Et nous offre des fleurs pour nos couronnes !
Bientôt nous nous faufilerons
Sans bruit par la porte,
Et nous volerons sur nos balais jusqu’à notre splendide bal !

Un bouc noir,
Un manche à balai,
Le tisonnier, la quenouille,
Nous les emporterons bien vite
En un éclair, rapides comme le vent,
Dans un sifflement d’air, jusqu’au mont Brocken.

Autour de Belzébuth
Danse notre troupe
Qui baise ses mains griffues.
Une bande d’esprits
Nous prend par le bras,
Agitant dans la danse ses flambeaux !

Et Belzébuth
Promet à la troupe
Des danseurs présent sur présent :
Ils pourront parader,
Vêtus de soie,
Et déterrer des vases remplis d’or !

Un dragon de feu
Vole autour du toit,
Et nous apporte du beurre et des œufs.
Les voisins voient alors
Les étincelles qui tournoient
Et font un signe de croix pour conjurer le feu.

L’hirondelle vole,
Le printemps triomphe,
Les fleurs éclosent pour nos couronnes.
Bientôt nous nous faufilerons
Sans bruit par la porte,
”Hourrah ! À notre splendide bal !”

Walpurgisnacht (musique : Carl Loewe – poème : Willibald Alexis)

– Liebe Mutter, heut Nacht heulte Regen und Wind.
– Ist heute der erste Mai, liebes Kind!

– Liebe Mutter, es donnerte auf dem Brocken droben.
– Liebes Kind, es waren die Hexen oben.

– Liebe Mutter, ich möcht’ keine Hexen sehn.
– Liebes Kind, es ist wohl schon oft geschehn.

– Liebe Mutter, ob wohl im Dorf Hexen sind?
– Sie sind dir wohl näher, mein liebes Kind.

– Liebe Mutter, worauf fliegen die Hexen zum Berg?
– Liebes Kind, auf dem Rauche von heissem Werg

– Liebe Mutter, worauf reiten die Hexen zum Spiel?
– Liebes Kind, sie reiten auf ‘nem Besenstiel.

– Liebe Mutter, ich sah gestern im Dorf’ viel Besen!
– Es sind auch viel Hexen auf dem Brocken gewesen.

– Liebe Mutter, ‘s hat gestern im Schornstein geraucht.
– Liebes Kind, es hat einer das Werg gebraucht!

– Liebe Mutter, in der Nacht war dein Besen nicht zu Haus!
– Liebes Kind, so war er zum Blocksberg hinaus.

– Liebe Mutter, dein Bett war leer in der Nacht.
– Deine Mutter hat oben auf dem Blocksberg gewacht.

La Nuit de Walpurgis

– Chère Mère, cette nuit j’ai entendu hurler la pluie et le vent.
– Aujourd’hui, c’est le premier Mai, cher enfant !

– Chère Mère, le tonnerre grondait sur le mont Brocken.
– Cher enfant, les sorcières étaient là-haut.

– Chère Mère, je ne veux pas voir de sorcière !
– Cher enfant, ça t’est déjà arrivé plus d’une fois !

– Chère Mère, y-a-t-il des sorcières dans le village ?
– Elles sont même encore plus près de toi, mon cher enfant.

– Chère Mère, comment volent-elles jusqu’à la montagne ?
– Cher enfant, elles volent sur la fumée de l’étoupe brûlante.

– Chère Mère, que chevauchent-elles pour se rendre à leur fête ?
– Cher enfant, elles chevauchent un manche à balai.

– Chère Mère, hier j’ai vu beaucoup de balais au village.
– ll y avait aussi beaucoup de sorcières là-haut sur la montagne.

– Chère Mère, hier il y avait du feu dans la cheminée.
– Quelqu’un a utilisé de l’étoupe…

– Chère Mère, cette nuit ton balai n’était pas à la maison.
– Cher enfant, il était là-haut sur le mont Brocken.

– Chère Mère, cette nuit ton lit était vide !
– Ta mère a passé la nuit à veiller, là-haut sur la montagne !

Winterlied (musique : Felix Mendelssohn Bartholdy – poème folklorique inspiré du suédois)

“Mein Sohn, wo willst du hin so spät?
Geh’ nicht zum Wald hinaus,
Die Schwester find’st du nimmermehr,
O bleib’ bei mir im Haus!

Da draußen ist’s so kalt, so rauh,
Und heftig weht der Wind;
Bist ganz allein im weiten Wald,
O bleib’ bei mir, mein Kind!

– O Mutter, Mutter, laß mich zieh’n,
Trockne die Trän’ im Blick,
Die Schwester find’ ich ganz gewiß
Und bring’ sie uns zurück.

Bis ich sie find’, ist doch kein’ Rast,
Ist doch kein’ Ruhe hier;
Den Schnee und Wind bin ich gewohnt,
Bald kehr’ ich heim zu dir.”

Die Mutter sah ihm lange nach,
Er ging zum Wald hinaus;
Der Wind ward still, die Nacht verging,
Doch er kehrt’ nicht zum Haus.

Und der Schnee zerschmolz, der Wind verweht,
Kam wieder Sonnenschein
Und Blüt’ und Blätter überall:
Die Mutter blieb allein.

Chant d’hiver

“Mon fils, où te rends-tu à cette heure si tardive ?
Ne va pas dans la forêt,
Tu ne trouveras jamais ta sœur,
Oh, reste à la maison auprès de moi !

Dehors, le temps est si froid, si rude,
Et le vent souffle fort.
Tu seras tout seul dans la vaste forêt,
Oh, reste auprès de moi, mon enfant !

– Ô mère, mère, laisse-moi y aller,
Sèche les larmes de tes yeux,
Je t’assure que je trouverai ma sœur
Et la ramènerai à nous.

Tant que je ne l’aurai pas retrouvée,
Je ne pourrai demeurer ici en paix.
Je suis habitué à la neige et au vent,
Bientôt je reviendrai vers toi.”

La mère le regarda longtemps,
Il partit dehors dans la forêt.
Le vent se calma, la nuit passa,
Mais il ne revint pas à la maison.

Et la neige fondit, le vent disparut,
L’éclat du soleil revint
Ainsi que les fleurs et les feuilles.
La mère resta seule.

Waldesgespräch (musique : Robert Schumann – poème : Joseph von Eichendorff)

– Es ist schon spät, es ist schon kalt,
Was reitst du einsam durch den Wald?
Der Wald ist lang, du bist allein,
Du schöne Braut! Ich führ dich heim!

– Groß ist der Männer Trug und List,
Vor Schmerz mein Herz gebrochen ist,
Wohl irrt das Waldhorn her und hin,
O flieh! Du weißt nicht, wer ich bin.

– So reich geschmückt ist Roß und Weib,
So wunderschön der junge Leib,
Jetzt kenn ich dich – Gott steh mir bei!
Du bist die Hexe Lorelei.

– Du kennst mich wohl – von hohem Stein
Schaut still mein Schloß tief in den Rhein.
Es ist schon spät, es ist schon kalt,
Kommst nimmermehr aus diesem Wald.

Conversation en forêt

– Il est déjà tard, il fait déjà froid,
Pourquoi chevauches-tu en solitaire dans cette forêt ?
La forêt est vaste, tu es seule.
Ô belle mariée, je te raccompagnerai chez toi !

– Grande est la traîtrise et la ruse des hommes,
De douleur mon cœur est brisé,
Voici qu’erre ça et là le son du cor,
Oh, fuis ! Tu ne sais pas qui je suis !

– Si richement parés sont ce cheval et cette femme,
Si merveilleusement beau, ce jeune corps,
Maintenant, je te reconnais – Dieu soit à mes côtés !
Tu es la sorcière Lorelei.

– Tu me reconnais bien : perché sur son rocher,
Mon château contemple en silence les profondeurs du Rhin.
Il est déjà tard, il fait déjà froid,
Plus jamais tu ne sortiras de cette forêt.

Die Mainacht (musique : Johannes Brahms – poème : Ludwig Hölty)

Wann der silberne Mond durch die Gesträuche blinkt,
Und sein schlummerndes Licht über den Rasen streut,
Und die Nachtigall flötet,
Wandl’ ich traurig von Busch zu Busch.

Überhüllet vom Laub, girret ein Taubenpaar
Sein Entzücken mir vor; aber ich wende mich,
Suche dunklere Schatten,
Und die einsame Thräne rinnt.

Wann, o lächelndes Bild, welches wie Morgenroth
Durch die Seele mir strahlt, find’ ich auf Erden dich?
Und die einsame Thräne
Bebt mir heisser die Wang’ herab.

Nuit de mai

Quand la lune d’argent scintille à travers les feuillages
Et répand sur l’herbe sa lumière somnolente,
Et que le rossignol chante de sa voix flûtée,
J’erre tristement de buisson en buisson.

Dans les frondaisons, un couple de pigeons roucoule
Devant moi son ravissement ; mais je me détourne,
Cherche une ombre épaisse,
Et laisse couler une larme solitaire.

Ô souriant visage, qui pareil aux rougeurs de l’aube
Me transperce l’âme, quand te trouverai-je sur terre ?
Et la larme solitaire
Tremble plus chaude sur ma joue.

Liebestreu (musique : Johannes Brahms – poème : Robert Reinick)

– O versenk’, o versenk’ dein Leid,
Mein Kind, in die See, in die tiefe See!
– Ein Stein wohl bleibt auf des Meeres Grund,
Mein Leid kommt stets in die Höh’.

– Und die Lieb’, die du im Herzen trägst,
Brich sie ab, brich sie ab, mein Kind!
– Ob die Blum’ auch stirbt, wenn man sie bricht,
Treue Lieb’ nicht so geschwind.

– Und die Treu’, und die Treu’,
‘S war nur ein Wort, in den Wind damit hinaus.
– O Mutter und splittert der Fels auch im Wind,
Meine Treue, die hält ihn aus.

Fidélité amoureuse

– Ô noie, noie ton chagrin,
Mon enfant, dans la mer, dans la mer profonde !
– Une pierre repose au fond de l’océan ;
Mon chagrin, lui, remonte toujours à la surface.

– Et l’amour que tu portes dans ton cœur,
Détruis-le, détruis-le, mon enfant !
– Si la fleur meurt dès qu’on la coupe,
L’amour fidèle en revanche n’est pas aussi prompt.

– Et la fidélité, la fidélité,
Ce n’est qu’un mot ! Que le vent l’emporte !
– Oh, mère, même si le roc se fend dans la tempête,
Ma fidélité, elle, résiste.

Mondnacht (musique : Robert Schumann – poème : Joseph von Eichendorff)

Es war, als hätt’ der Himmel,
Die Erde still geküßt,
Daß sie im Blütenschimmer
Von ihm nun träumen müßt.

Die Luft ging durch die Felder,
Die Ähren wogten sacht,
Es rauschten leis die Wälder,
So sternklar war die Nacht.

Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande,
Als flöge sie nach Haus.

Nuit de lune

C’était comme si le ciel
Avait en silence embrassé la terre
Et qu’elle, dans la lueur des fleurs,
Ne pouvait que rêver de lui.

La brise passait à travers champs,
Les épis ondulaient délicatement,
Et bruissaient doucement les bois
Tant la nuit était claire d’étoiles.

Et mon âme ouvrit
Tout grand ses ailes,
Et s’envola par les campagnes silencieuses,
Comme si elle volait vers sa demeure.

Dämmrung senkte sich von oben (musique : Fanny Hensel-Mendelssohn – poème : Johann Wolfgang von Goethe)

Dämmrung senkte sich von oben,
Schon ist alle Nähe fern;
Doch zuerst emporgehoben
Holden Lichts der Abendstern!
Alles schwankt in’s Ungewisse,
Nebel schleichen in die Höh’;
Schwarzvertiefte Finsternisse
Widerspiegelnd ruht der See.

Nun am östlichen Bereiche
Ahn’ ich Mondenglanz und Gluth,
Schlanker Weiden Haargezweige
Scherzen auf der nächsten Flut.
Durch bewegter Schatten Spiele
Zittert Luna’s Zauberschein,
Und durch’s Auge schleicht die Kühle
Sänftigend in’s Herz hinein.

De là-haut tombe le crépuscule

De là-haut tombe le crépuscule,
Déjà ce qui était proche s’éloigne,
Et pourtant, déjà s’allume là-haut
La belle lumière de l’étoile du soir.
Tout bascule dans l’incertain,
Le brouillard s’insinue dans les hauteurs,
Une noire et profonde obscurité
Se reflète sur le lac tranquille.

A présent, je devine à l’est
La lueur claire de la lune.
Des rameaux de saule fins comme des cheveux
Badinent sur l’onde alentour.
À travers le jeu mouvant des ombres,
La lueur ensorcelée de la lune tremble,
Et par les yeux s’insinue le froid,
Apaisant, jusqu’au fond du cœur.

Nixe Binsefuss (musique : Pauline Viardot-García – poème : Eduard Mörike)

Des Wassermanns sein Töchterlein
Tanzt auf dem Eis im Vollmondschein,
Sie tanzet ohne Furcht und Scheu
Wohl an des Fischers Haus vorbei.

“Ich bin die Nixe Binsefuß,
Und meine Fisch’ wohl hüten muß,
Meine Fisch’ die sind im Kasten,
Sie haben kalte Fasten;
Von Böhmerglas mein Kasten ist,
Da zähl’ ich sie zu jeder Frist.

Gelt, Fischermatz? Gelt, alter Tropf,
Dir will der Winter nicht in Kopf?
Komm mir mit deinen Netzen!
Die will ich schön zerfetzen!
Dein Mägdlein zwar ist fromm und gut,
Ihr Schatz ein braves Jägerblut.

Drum häng’ ich ihr, zum Hochzeitsstrauß,
Ein schilfen Kränzlein vor das Haus,
Und einen Hecht, von Silber schwer,
Er kommt von König Artus her,
Ein Zwergen-Goldschmids-Meisterstück,
Wer’s hat, dem bringt es eitel Glück:
Er läßt sich schuppen Jahr für Jahr,
Da sind’s fünfhundert Gröschlein baar.

Ade, mein Kind! Ade für heut!
Der Morgenhahn im Dorfe schreit.”

L’Ondine aux pieds de jonc

La fillette de l’Esprit des Eaux
Danse sur la glace au clair de lune.
Elle chante et rit effrontément
En passant devant la maison du pêcheur.

“Je suis l’Ondine aux pieds de jonc
et je dois surveiller mes poissons,
mes poissons qui sont dans un casier
Avec un repas froid de carême.
Mon casier est en cristal de Bohême,

Comme ça je les compte à chaque instant.
Compris, nigaud de pêcheur ? Compris, pauvre vieux ?
Tu ne veux pas te mettre en tête que c’est l’hiver ?
Viens me voir avec tes filets !
Je les déchirerai bien comme il faut !
C’est vrai que ta fillette est pieuse et bonne,
Et son amoureux un brave chasseur.

C’est pourquoi j’accrocherai pour elle comme bouquet de noces
Une petite couronne de roseaux devant la maison
Et un brochet d’argent massif ;
Il vient du roi Arthur,
C’est le chef d’œuvre d’un nain orfèvre.
Il donne le plus pur bonheur à qui le possède,
On peut l’écailler année après année,
Ce sont là cinq cents petits Groschen sonnants et trébuchants !

Adieu, mon enfant, Adieu pour aujourd’hui !
Le coq du matin chante au village !”

Lorelei (musique : Franz Liszt / Clara Schumann-Wieck – poème : Heinrich Heine)

Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr goldnes Geschmeide blitzet
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
Die Lorelei gethan.

Lorelei

Je ne sais ce que cela signifie,
Pourquoi je suis si triste ;
Un conte des temps anciens
Me hante jour et nuit.

L’air est frais, le soir tombe
Et le Rhin coule paisiblement.
Le sommet de la montagne étincelle
Dans la lueur du soleil couchant.

Une jeune femme à la beauté incomparable,
Est assise là-haut, magnifique.
Ses bijoux d’or étincellent,
Elle peigne ses cheveux d’or.

Elle les coiffe avec un peigne doré
Tout en chantant une chanson
À la mélodie étrange
Et violente.

Le batelier dans son petit esquif
En est étreint dans une douleur sauvage.
Il ne regarde pas le récif,
Il ne regarde que vers les hauteurs.

Je crois bien qu’à la fin les vagues
Engloutissent le batelier et sa barque ;
Et c’est avec son chant
Ce qu’a fait la Lorelei.

Erlkönig (musique : Carl Loewe – poème : Johann Wolfgang von Goethe)

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

« Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht?
– Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht?
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif?
– Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

– Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel’ ich mit dir;
Manch’ bunte Blumen sind an dem Strand;
Meine Mutter hat manch’ gülden Gewand.

– Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht?
– Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind.

– Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schön;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.

– Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort?
– Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau;
Es scheinen die alten Weiden so grau.

– Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch’ ich Gewalt.
– Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids gethan! »

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war todt.

Le Roi des Aulnes

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans ses bras,
Il le tient bien, et bien au chaud.

“Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d’effroi ton visage ?
– Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
– Mon fils, ce n’est qu’un banc de brouillard.

– Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Sur le rivage poussent de nombreuses fleurs de toutes les couleurs,
Et ma mère possède de nombreux habits d’or.

– Mon père, mon père, n’entends-tu donc pas
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
– Sois calme, reste calme, mon enfant !
Ce n’est que le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

– Voudrais-tu venir avec moi, joli garçon ?
Mes filles s’occuperont bien de toi,
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.

– Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas
Dans le noir les filles du Roi des Aulnes ?
– Mon fils, mon fils, voici ce que je vois :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

– Je t’aime, je suis charmé par ton joli visage,
Et si tu n’es pas d’accord pour me suivre, j’utiliserai la force.
– Mon père, mon père, voilà qu’il m’enserre !
Le Roi des Aulnes m’a fait mal !”

Le père frissonne d’horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l’enfant gémissant,
Il arrive à grand-peine à son port ;
Dans ses bras l’enfant était mort.

Der Tod und das Mädchen (musique : Franz Schubert – poème : Matthias Claudius)

Das Mädchen
Vorüber! Ach, vorüber!
Geh wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.

Der Tod
Gib deine Hand, Du schön und zart Gebild!
Bin Freund, und komme nicht zu strafen.
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen!

La Jeune Fille et la Mort

La jeune fille
Va-t’en ! Ah, va-t’en !
Disparais, effroyable squelette !
Je suis encore jeune, va-t’en !
Ne me touche pas.

La mort
Donne-moi ta main, être beau et délicat !
Je suis ton ami, et je ne viens pas pour te punir.
Sois tranquille ! Je ne suis pas violente,
Tu trouveras un doux repos dans mes bras !

Lore Lay (musique : Benjamin Attahir – poème : Clemens Brentano)

Zu Bacharach am Rheine
Wohnt’ eine Zauberin
Sie war so schön und feine
Und riß viel Herzen hin.

Und brachte viel zu Schanden
Der Männer ringsumher;
Aus ihren Liebesbanden
War keine Rettung mehr.

Der Bischof ließ sie laden
Vor geistliche Gewalt
Und mußte sie begnaden,
So schön war ihr’ Gestalt.

Er sprach zu ihr gerühret:
« Du arme Lore Lay!
Wer hat dich denn verführet
Zu böser Zauberei?

– Herr Bischof, laßt mich sterben!
Ich bin des Lebens müd,
Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht!

Die Augen sind zwei Flammen,
Mein Arm ein Zauberstab
O legt mich in die Flammen,
O brechet mir den Stab!

– Ich kann dich nicht verdammen,
Bis du mir erst bekennt
Warum in deinen Flammen
Mein eignes Herz schon brennt.

Den Stab kann ich nicht brechen
Du schöne Lore Lay!
Ich müßte dann zerbrechen
Mein eigen Herz entzwei!

– Herr Bischof, mit mir Armen
Treibt nicht so bösen Spott
Und bittet um Erbarmen
Für mich den lieben Gott!

Ich darf nicht länger leben,
Ich liebe keinen mehr.
Den Tod sollt Ihr mir geben,
Drum kam ich zu Euch her!

Mein Schatz hat mich betrogen,
Hat sich von mir gewandt,
Ist fort von mir gezogen,
Fort in ein fremdes Land.

Die Augen sanft und wilde,
Die Wangen rot und weiß,
Die Worte still und milde,
Das ist mein Zauberkreis.

Ich selbst muß drin verderben,
Das Herz tut mir so weh;
Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildnis seh.

Drum laßt mein Recht mich finden,
Mich sterben wie ein Christ,
Denn alles muß verschwinden,
Weil er nicht bei mir ist! »

Drei Ritter läßt er holen:
« Bringt sie ins Kloster hin!
Geh, Lore! – Gott befohlen
Sei dein berückter Sinn!

Du sollst ein Nönnchen werden,
Ein Nönnchen schwarz und weiß,
Bereite dich auf Erden
Zu deines Todes Reis’! »

Zum Kloster sie nun ritten,
Die Ritter alle drei,
Und traurig in der Mitten
Die schöne Lore Lay.

« O Ritter, laßt mich gehen
Auf diesen Felsen groß,
Ich will noch einmal sehen
Nach meines Lieben Schloß.

Ich will noch einmal sehen
Wohl in den tiefen Rhein
Und dann ins Kloster gehen
Und Gottes Jungfrau sein.”

Der Felsen ist so jähe,
So steil ist seine Wand,
Doch klimmt sie in die Höhe,
Bis daß sie oben stand.

Es binden die drei Reiter
Die Rosse unten an
Und klettern immer weiter
Zum Felsen auch hinan.

Die Jungfrau sprach: « Da gehet
Ein Schifflein auf dem Rhein;
Der in dem Schifflein stehet,
Der soll mein Liebster sein!

Mein Herz wird mir so munter,
Er muß mein Liebster sein! »
Da lehnt sie sich hinunter
Und stürzet in den Rhein.

Die Ritter mußten sterben,
Sie konnten nicht hinab;
Sie mußten all verderben
Ohn Priester und ohn Grab.

Wer hat dies Lied gesungen?
Ein Schiffer auf dem Rhein,
Und immer hat’s geklungen
Von dem Dreiritterstein:

Lore Lay!
Lore Lay!
Lore Lay!
Als wären es meiner drei.

Lore-Lay

A Bacharach au bord du Rhin
Vivait une magicienne.
Elle était très belle et élégante
Et avait brisé de nombreux cœurs.

Elle avait conduit au déshonneur
Beaucoup d’hommes alentour ;
Du piège de son amour
On ne pouvait se libérer.

L’évêque la fit comparaître
Devant les autorités religieuses
Et dut la gracier
Tant elle était séduisante.

Bouleversé, il lui dit :
« Ô pauvre Lore Lay !
Dis-moi qui t’a entraînée
Vers cette terrible sorcellerie ?

– Seigneur évêque, laissez-moi mourir !
Je suis fatiguée de vivre,
Car celui sur qui tombent mes yeux
Est perdu à tout jamais !

Mes yeux sont deux flammes,
Mon bras une baguette magique.
Ô jette-moi dans les flammes,
Ô brise ma baguette !

– Je ne puis te condamner
Avant que tu ne m’aies expliqué
Pourquoi dans tes flammes
Mon propre cœur brûle déjà.

Je ne peux pas briser la baguette,
Belle Lore Lay !
Je devrais alors briser
Mon propre cœur en deux !

– Seigneur évêque, ne vous moquez pas
De la pauvre âme que je suis
Et demandez pitié
Au bon Dieu pour moi !

Je ne peux pas vivre plus longtemps,
Je n’aime plus personne.
Vous devez me donner la mort,
C’est pourquoi je suis venue ici jusqu’à vous !

Mon bien-aimé m’a trahie,
S’est détourné de moi,
Est parti loin de moi,
Loin, en pays étranger.

Avoir le regard doux mais redoutable,
Les joues rouges et blanches,
La voix sage et tendre,
C’est cela mon sortilège.

Il fera ma propre perte,
Mon cœur me fait si mal ;
De douleur je voudrais mourir
Si je voyais ma propre image.

Rendez-moi donc justice
Et faites-moi mourir comme un Christ.
Alors tout devra s’arrêter
Puisqu’il n’est plus auprès de moi ! »

L’évêque fit appeler trois chevaliers :
« Emmenez-la au cloître !
Allez, Lore ! Confesse à Dieu
Tes ravissants péchés !

Tu seras une petite nonne,
Une petite nonne noire et blanche.
Prépare-toi sur terre
À ton voyage vers la mort ! »

Les trois chevaliers
Chevauchent maintenant vers le cloître.
Entre eux, accablée,
La belle Lore Lay.

« Ô chevaliers, laissez-moi aller
Sur ce grand rocher,
Je veux voir une dernière fois
Le château de mon amour.

Je veux voir une dernière fois
Les profondeurs du Rhin.
Puis j’irai au cloître
Et serai la vierge de Dieu. »

Le rocher est très escarpé,
Sa paroi abrupte,
Pourtant elle grimpe à son sommet,
Jusqu’à s’y tenir debout.

Les trois cavaliers attachent
Leurs chevaux en-bas
Et à leur tour
Escaladent le rocher.

La vierge dit : « Là vogue
Une petite barque sur le Rhin ;
Celui qui se tient sur cette petite barque
Doit être mon bien-aimé !

Mon coeur se ragaillardit,
Ce doit être mon bien-aimé ! »
Alors elle se penche
Et se jette dans le Rhin.

Les chevaliers furent condamnés à mourir
Car ils ne purent redescendre ;
Ils eurent tous un destin funeste,
Sans prêtre et sans tombe.

Qui a chanté cette chanson ?
Un batelier sur le Rhin.
Et l’on entend toujours résonner
Le rocher des trois chevaliers :

Lore Lay !
Lore Lay !
Lore Lay !
Comme si ces mots étaient les miens.

Traductions : Marine Fribourg & Flore Merlin

À propos des interprètes

La mezzo-soprano Marine Fribourg et la pianiste Flore Merlin nourrissent toutes deux depuis de nombreuses années une curiosité et un appétit pour la musique de chambre ainsi que pour les instruments anciens et l’interprétation historiquement informée. Elles se passionnent toutes deux pour l’expressivité des différentes langues et pour l’interaction texte-musique dans toute sa puissance d’évocation.
Les deux musiciennes se sont rencontrées en 2003 au début de leurs études musicales, et ont depuis réalisé ensemble de nombreux projets musicaux sous différentes formes, notamment en duo, en chœur, comme pédagogues et en quatuor vocal avec piano – dont le disque O schöne Nacht du quatuor vocal Damask, sorti en 2018. En duo, elles ont conçu et interprété trois programmes de mélodies thématiques et narratifs : le premier – Federico García Lorca, Rossignol d’Andalousie – conte la vie du célèbre poète andalou. Le second – Quand viendra la saison nouvelle – évoque la vie de la chanteuse et compositrice Pauline Viardot. Le troisième est entre vos mains : après de nombreux concerts peuplés des créatures les plus effrayantes de la forêt romantique allemande, Forests of the Night est leur premier disque en duo.


www.marinefribourg.com
www.floremerlin.net
Pour plus d’information sur le piano : ​​https://lanouvelleathenes.net/streicher-1847/

Remerciements

Nous tenons à remercier Sylvie Brély et La Nouvelle Athènes pour le prêt du piano Streicher, Jackie Schinzel et la Mairie de Gargenville pour la mise à disposition du lieu d’enregistrement, Océane, Quentin et Nicolas des Pianos du Vexin pour leur gentillesse, leur souplesse et pour le soin qu’ils ont apporté à l’accord du piano, ainsi que les nombreuses et nombreux donateur•rices qui ont permis la réalisation de ce disque.

Crédits

PRODUCTION 7 Mountain Records, Pays-Bas

PRODUCTEUR, INGÉNIEUR DU SON ET MONTEUR Frerik de Jong (Kleinman Audio)

TEXTE DE PRÉSENTATION Coline Miallier

TRADUCTIONS EN ANGLAIS Sylvy Anscombe & Marine Fribourg

PHOTOS Aimery Lefèvre

ILLUSTRATION Yara Dos Santos Carvalhal

TRANSPORT ET ENTRETIEN DU PIANO Les Pianos du Vexin

DESIGN DU LIVRET 7 Mountain Records

LIEU D’ENREGISTREMENT Les Maisonnettes, Gargenville (maison de Nadia & Lili Boulanger)

DATE D’ENREGISTREMENT Janvier 2025

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